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Tirer le bilan de 4 mois de mobilisation... Pour avancer et gagner !

Septembre 2016, par Secrétariat jeune

Du 9 au 31 mars : une situation explosive

La mobilisation contre la loi Travail aura durée pas moins de 4 mois ; et la jeunesse en a été l’étincelle. Le 9 mars c’est la jeunesse qui a donné le coup d’envoi en appelant à une journée de manifestation, à laquelle se sont greffé les salariés et notamment les cheminots. Cette première journée a soulevé un vent d’enthousiasme dans la jeunesse scolarisée mais aussi chez toute une partie de jeunes travailleurs qui ont pu se retrouver dans cette initiative appelée par la jeunesse et qui rompait avec le calendrier traditionnel des directions syndicales. Sans doute que le phénomènes « on vaut mieux que ça » qui a mis en avant les conditions de précarité dans laquelle était déjà plongée toute une partie de la population a permis à toute une série de jeunes travailleurs de se retrouver dans cette mobilisation. Pour autant, après le 9 mars, les directions syndicales n’ont donné aucune perspective avant le 31 mars, laissant les étudiants seuls à manifester toutes les semaines. La jeunesse scolarisée a ainsi eu, malgré son isolement premier et le non dépassement d’un certain seuil de mobilisation, un rôle central. Elle a eu cette fonction d’étincelle, en cherchant, par sa mobilisation, à donner confiance aux salariés grâce à des dates de manifestations reprochées. Les manifestations appelées par la jeunesse au cour du mois de mars n’ont par contre jamais réussie a rassembler tous ces jeunes travailleurs très radicaux qui s’étaient retrouvés dans l’appel du 9 mars. Ce qui a manqué sans doute, est l’élaboration, par la jeunesse mobilisée, d’une politique à la fois plus générale que l’abrogation de la loi Travail, dont les conséquences sont parfois peu visible par une partie des travailleurs qui vivent déjà la précarité, les petits salaires et les licenciements facilités par les entreprises, et à la fois plus concrette que la lutte contre « son monde ». Une autre fenêtre explosif s’est ouverte le 31 mars avec le phénomène Nuit Debout, malgré le fait que celui-ci se soit souvent limité à une orientation trop parlementaire, peu convaincant pour une partie des travailleurs les plus combatifs.

… puis une mobilisation qui dure bien que fortement réprimée :

A partir du 31 mars, si la mobilisation a perdu en explosivité, elle a su s’ancrer dans la durée, reflétant une colère accumulée plus globale qui s’est cristallisée en mars autour de la loi El-Khomri. Le mot d’ordre « contre la loi travail et son monde » en est d’ailleurs symptomatique. En effet, les attaques de ce gouvernement n’ont cessé depuis son élection en 2012, en commençant par une nouvelle réforme des retraites, puis par la loi Macron puis Rebsamen (présages de la loi travail), ce gouvernement n’a eu de cesse de s’en prendre aux travailleurs et aux plus précaires. Une fois passé les illusions des premières années qu’avait pu faire germer l’élection de Hollande et qui avait été entretenu par une grande partie de la gauche institutionnelle, la loi El-Khomri est apparue comme la goutte d’eau de trop dans un océan d’attaques régressives et réactionnaires. C’est cette colère accumulée pendant des mois, souvent au travers de multiples conflits invisibilisés, qui s’est enfin exprimée au grand jour. Et sans doute cela vient-il expliquer le fait que la mobilisation ait pu tenir 4 mois. C’est tant sa durée que sa radicalité qui ont poussé le gouvernement dans ses retranchements. Dès le début du mouvement, il a fait le choix de fermer les universités en faisant intervenir la police pour éviter la tenue d’AG. Pour autant, le nombre de manifestants n’a pas décru de façon conséquente. Ainsi, le gouvernement à fait le choix d’assumer clairement un affrontement en règle avec les jeunes et les travailleurs, augmentant le niveau de répression ; et allant jusqu’à envisager d’interdire les manifestations afin d’assurer prétendument la bonne tenue de l’Euro de football, lui donnant ainsi l’occasion de dégainer l’Etat d’Urgence.

La débâcle d’un gouvernement qui en sort affaibli

Mais si le gouvernement a fait le choix d’assumer ce niveau d’affrontement, cela est apparu plus que jamais comme un aveu de faiblesse, et cela l’a encore plus isolé. En effet, toutes les tentatives du gouvernement et des médias dominants de faire passer les manifestants pour des casseurs sont restées vaines. Le soutient à la mobilisation est resté autour de 70%. Le gouvernement a réussie à faire voler en éclat les dernières miettes qui restaient du PS. Il n’a même pas pu compter sur son propre camp pour faire passer la loi, le contraignant à utiliser par 3 fois le 49-3. La répression et la réponse autoritaire du gouvernement aura eu un double impact sur la mobilisation : dissuasive parfois, elle aura eu aussi la conséquence de faire tomber les masques de ce que défend réellement la police et ce gouvernement PS... et de la nécessité de leur faire face, « tous ensemble ».

Une forte mobilisation qui néanmoins n’a pas réussi à s’étendre et d’obtenir une victoire significative.

Le soutien aux grèves a été majoritaire, mais les grèves, elles, ont été minoritaires. Les AG ont peiné à dépasser les 300 personnes dans les facs. Le seuil des 500 n’a été dépassé que dans une poigné de facs ; celles qui avaient fait des expériences de mobilisations ces dernières années (Paris 8, Toulouse le Mirail, Rennes 2, par exemple). Idem chez les salariés, où seul un petit nombre de secteurs sont réellement rentré en bagarre. Cette mobilisation, bien que très longue et avec un niveau d’affrontement très avancé, est resté faible, bien loin même, de la mobilisation contre la réforme des retraites en 2010. Par ailleurs, une série de secteurs traditionnellement présents sont apparus comme les grands absents, comme la fonction publique. Ceci est largement dû à la stratégie du gouvernement pour faire taire la contestation. Dès mars, le gouvernement annonçait le dégèle du point d’indice des fonctionnaires, bloqué depuis 2008 et qui fixe le niveau des salaires. Mais c’est aussi le reflet de l’inconséquence des directions syndicales qui n’ont pas cherché à construire l’affrontement. Des syndicats qui depuis l’élection de Hollande n’avaient su qu’accompagner les reculs sociaux en préférant perpétuellement s’assoir à la table des négociations, faisant le jeu d’un prétendu dialogue social qui n’a d’autre finalité que de nous faire acquiescer sagement toutes les attaques. La conscience des travailleurs avait été en grande partie forgé par ces appels permanents au dialogue social à l’échelle national et aux multiples accords de reculs sociaux signés localement dans les entreprises. C’est ce qui explique en partie que les jeunes et les travailleurs n’étaient pas préparés à se battre jusqu’au bout et de manière déterminée.

Un caractère minoritaire largement lié à une perte des réflexes de mobilisation que ce mouvement a permis chez une frange des jeunes et des salariés de reconstruire :

Les limites que la mobilisation a pu connaitre ne sont pas dissociable de l’absence dans une large frange de la population, d’expérience concrète de lutte et donc de réflexes d’organisation. Ceci est d’autant plus vrai pour la jeunesse qui depuis 6 ans n’a connu aucun mouvement d’ampleur nationale. Pour beaucoup, il s’est agi d’une première expérience de mobilisation. Pour autant, chez une frange de la jeunesse (et dans une moindre mesure chez les salariés) des expériences d’auto-organisation ont eu lieu et ont partiellement permis de dépasser les bureaucraties syndicales par la base. En effet, les reculs de l’Unef, qui n’a pas hésité à aller négocier au nom des jeunes, n’ont pas sonné la fin de la mobilisation. De même les syndicats de salariés ont été contraints de s’affronter avec le gouvernement en raison de la pression qu’ils subissaient de leur base. Ceci a permis de voir émerger des noyaux militants particulièrement forts, détachés des directives syndicales. Ceci a été en partie le cas chez les cheminots, notamment parisiens qui ont pu pour la 1ère fois faire l’expérience des coordinations à l’échelle régionale. Mais ceci est surtout vrai chez les étudiants, où l’une des principales particularités de ce mouvement a été le nombre important de personnes que les comités de mobilisations ont pu réunir. La présence de noyaux militants forts est ce qui a permis à la mobilisation de perdurer. Sous l’impulsion de militants, ces noyaux ont vite eu la compréhension que seuls les travailleurs, par leur grève, seraient en mesure d’infliger une défaite au gouvernement. De plus, même si cette mobilisation ne nous a, pour l’instant, pas permis d’obtenir de victoire sur nos revendications elle remet au centre la question de la lutte des classes, que certain voulaient nous faire croire disparue : contre toutes les divisions racistes, nationalistes, que le gouvernement cherche à nous imposer depuis les attentats de 2015, les jeunes et les travailleur-se-s ont répondu par la conscience d’appartenir à un même camp, une même classe, opposé au « monde » proposé par la classe dominante . Et cette expérience à même de raviver la confiance en notre force collective, laisse peut-être présager l’émergence de nouvelles batailles d’ampleurs dans les temps à venir. Le 15 septembre est une première date, mais au-delà, il faut chercher à faire émerger des luttes sur toutes les questions qui vont pouvoir se poser, en s’affrontant face à l’ensemble des attaques, en s’adressant particulièrement à tous ces jeunes travailleurs qui vivent déjà la précarité et qui ont commencé à reprendre confiance dans leur force. L’expérience précieuse accumulée par les jeunes et les travailleurs qui ont été au coeur de la grève ou encore de ceux et celles qui l’ont suivi avec sympathie pourrait être un acquis pour les prochaines mobilisations. A condition que nous arrivions à tirer collectivement les bons bilans. En premiers lieu, celui de ne compter que sur nos luttes et de rompre avec toute les illusions du dialogue sociale ou des attentes électorales.